Création originale CANAL+, Marie-Antoinette retrace l’ascension et la chute de la reine de France dans un drame historique en 8 épisodes. Stéphanie Chartreux, productrice de Banijay Studios France, Claude Chelli, producteur exécutif de Capa DRAMA, et Claire Jago, vice-présidente exécutive EMEA, ventes et acquisitions de Banijay Rights, nous parlent de la genèse de la série et de la nouvelle perspective qu’elle offre sur la plus célèbre des reines françaises.

L’ interview

Une reine française en première ligne des ventes internationales de CANAL+.

Unifrance : Comment avez-vous choisi de faire une série sur la vie de Marie-Antoinette ?

Claude Chelli

Claude Chelli, Capa DRAMA : Après le succès international de Versailles et sa production sur trois saisons, Capa, Banijay et notre partenaire, Canal+, avons voulu poursuivre l’idée d’un autre drame historique de grande envergure. L’idée de Marie-Antoinette a émergé presque immédiatement. Esprit libre, féministe avant l’heure et icône de la mode, elle était pour nous le personnage idéal pour être au centre d’une nouvelle série. La créatrice du programme, Deborah Davis, (auteure du film primé La Favorite) la décrit parfaitement : “Une jeune fille du XXIe siècle pénètre dans l’univers pervers et incestueux du XVIIIe siècle”.

Unifrance : Marie-Antoinette est probablement la reine française la plus célèbre de l’histoire et elle a déjà fait l’objet de nombreuses adaptations. Qu’est-ce qui différencie cette fiction des autres programmes ?

Stéphanie Chartreux

Stéphanie Chartreux, Banijay Studios France : Raconter l’histoire de Marie-Antoinette a bien sûr une résonance particulière aujourd’hui. Elle a souvent été dépeinte comme une jeune femme frivole, égoïste et gâtée. Mais nous voulions absolument montrer un point de vue nouveau, différent, et explorer les complexités de sa personnalité et de sa psyché, que la plupart d’entre nous ne connaissent pas vraiment.

Deborah Davis était le choix évident pour donner vie à son impertinence, son audace et sa vision moderne – et elle a fait le choix d’une toute nouvelle approche. Deborah a choisi de faire entrer le public dans l’intimité de Marie-Antoinette. Tout au long de la première saison, nous voyageons dans sa tête. Nous ne découvrons pas seulement le personnage historique, nous apprenons aussi à connaître la femme qui se cache derrière tout cela.

Deborah a imaginé la série pour trois saisons. La première est divisée en deux parties : Marie-Antoinette en tant que Dauphine, puis plus tard en tant que Reine de France. La période s’étend sur dix ans et commence lorsqu’elle quitte son pays à l’âge de 15 ans. Il s’agit véritablement d’une histoire moderne de passage à l’âge adulte. Marie-Antoinette est une série de contrastes entre le passé et le présent, le drame et la réalité – et mêle comédie et tragédie tout du long.

Unifrance : Certains considèrent Marie-Antoinette comme une icône féministe. Comment avez-vous abordé ce côté de sa personnalité ?

Stéphanie Chartreux : L’Ancien Régime était un monde extrêmement patriarcal, et à cette époque, la vie d’une femme était régie par les décisions des hommes. Quel que soit leur âge ou leur statut social, les femmes devaient souvent se soumettre à leur père, leur frère ou leur mari. Au lieu d’être forcée de se conformer, Marie-Antoinette a essayé de construire sa vie différemment. Elle a revendiqué ce que nous pourrions appeler aujourd’hui le “droit à la vie privée”. Elle a tenté de briser l’étiquette pour inventer ses propres règles, et n’a cessé de s’émanciper et de mettre Versailles sens dessus dessous pour refléter ses propres valeurs.

Ce qui fait certainement d’elle une icône féministe, c’est sa force de caractère. Lorsqu’elle arrive à Versailles, elle doit faire face aux ennemis masqués de la cour, mais surtout à ceux qui, au sein de la famille royale française, font la queue pour l’anéantir. Elle a dû prouver sa force dès son plus jeune âge ! En outre, il faut se rappeler que Marie-Antoinette a d’abord été un instrument politique et utilisée pour renforcer l’alliance franco-autrichienne. Elle n’avait que 15 ans lorsque sa mère lui a demandé de quitter son pays et sa famille. Et elle a surtout été envoyée pour donner un héritier au trône de France. Son corps de femme était essentiellement traité comme une simple marchandise.

Unifrance : Ce nouveau regard sur la vie de Marie-Antoinette semble en effet prometteur ! Une sacrée équipe est d’ailleurs réunie autour du programme…

Claude Chelli : Le premier obstacle auquel nous avons été confrontés lorsque nous avons commencé à constituer l’équipe de scénaristes a été d’imaginer une Marie-Antoinette très différente de celle que l’on voit dans le film de Sofia Coppola en 2006.

Au moment de la sortie de La Favorite (2018), nous savions que Deborah Davis était la bonne personne pour diriger la série… nous lui avons donc couru après, et avons eu beaucoup de chance qu’elle accepte immédiatement, sur la base du fait que Marie-Antoinette était l’un de ses personnages préférés. Peu après, nous avons commencé à chercher d’autres auteurs en Angleterre pour l’aider à écrire les huit épisodes de la série. Et finalement, Louise Ironside et Chloe Moss ont rejoint l’équipe.

Stéphanie Chartreux : Nous savions dès le départ que les costumes et les décors seraient des éléments essentiels de ce drame d’époque. Et nous avons eu la chance de travailler avec des talents exceptionnels.

Madeline Fontaine (lauréate de trois César et d’un BAFTA pour les meilleurs costumes, et nommée aux Oscars) est la directrice artistique du département costumes. Elle a immédiatement été ravie de relever ce défi de raconter l’évolution du personnage principal à travers ses créations. Marie-Antoinette arrive toute jeune dans une cour très stricte et, en quelques années, elle devient l’icône de la mode de son époque. Il était donc très important de voir ces changements à travers son look, et comment elle a réussi à lancer de nouvelles tendances et de nouveaux codes plus modernes. Madeline a fait sa propre interprétation des costumes de l’époque et a choisi d’utiliser une variété de couleurs et de matériaux pour les assembler, de sorte que chaque pièce du département des costumes est une création pure faite entièrement pour la série et notre histoire.

Nous avons la chance d’avoir accès à des décors intérieurs exceptionnels du XVIIIe siècle : les châteaux de Champlatreux, Champs-sur-Marne, Vaux-le-Vicomte, sans oublier bien sûr Versailles et le Petit Trianon. Pierre Quefféléan (César des meilleurs décors) et son équipe ont également conçu et reconstruit en studio certains des appartements royaux de Versailles. Ceux-ci étaient extrêmement importants car ils nous ont permis de comprendre réellement la vie de Marie-Antoinette. L’étiquette établie par Louis XIV exigeait que la vie du roi et de la reine se déroule en public. Ils avaient chacun un appartement dédié à toutes les cérémonies publiques, et un appartement privé, beaucoup plus petit, où ils vivaient réellement. Avec cette série, nous ouvrons les portes secrètes qui se trouvent derrière les tapisseries des appartements publics pour révéler le quotidien privé du roi et de la reine de France. 

Claude Chelli : C’était un vrai défi car Marie-Antoinette arrive à Versailles à l’âge de 15 ans et à la fin de la première saison, elle en a 25 ! Il fallait donc trouver une actrice qui soit crédible aux deux extrémités de la saison… Lorsque nous avons vu Emilia Schule, nous avons immédiatement su que nous l’avions trouvée. C’était le même défi pour le reste du casting.

Unifrance :  Marie-Antoinette n’est qu’une reine française parmi tant d’autres. Qu’est-ce qui, selon vous, lui confère un tel attrait à l’international ?

Claude Chelli : Marie-Antoinette s’impose comme un personnage historique de premier plan – elle est la plus célèbre des reines de France. Cependant, si son destin a bien sûr été funeste, de nombreuses autres femmes en France – et dans le monde – ont eu des vies tout aussi tragiques. Est-elle populaire à l’international simplement parce qu’elle avait presque 15 ans lorsqu’elle est arrivée à Versailles ? Peut-être. Mais le plus important pour moi, c’est qu’elle a bousculé l’ordre établi. Jusqu’à elle, il n’y avait pas eu de “reines” en France – il n’y avait que des épouses de rois, sans pouvoir, et aucune femme n’était autorisée à régner, sauf lorsque le nouveau roi était trop jeune. Marie-Antoinette n’a pas accepté ce destin, et elle a mis Versailles sens dessus dessous, construisant son propre monde dans ses appartements privés. Elle incarne notre vision de l’émancipation et de la liberté personnelle – mais cela implique de nombreux ennemis tapis dans l’ombre.

Unifrance : Comment les acheteurs internationaux ont-ils réagi ?

Claire Jago

Claire Jago (vice-présidente exécutive EMEA, ventes et acquisitions de Banijay Rights) : L’accueil réservé à cette remarquable Création Originale CANAL+ a été fantastique jusqu’à présent, surtout après le MIPCOM et à la rentrée. Soyez assurés que nous aurons bientôt d’autres actualités à partager à ce sujet. L’intérêt pour la série est fort dans le monde entier, et ce n’est pas surprenant quand on raconte l’histoire d’une reine aussi incroyablement moderne et avant-gardiste – il y a tellement de choses dans cette série qui sont pertinentes vis-à-vis de la société d’aujourd’hui. Tout cela mené par une scénariste – Deborah Davis – et une équipe de production incroyablement talentueuses, qui représentent deux énormes arguments de vente pour la série.

Unifrance : Et BBC Two est devenu le premier acheteur international !

Claire Jago : Nous avons évidemment été ravis que BBC Two au Royaume-Uni ait préacheté la série – c’était un accord fabuleux conclu par Chris Stewart, SVP Sales, UK & Eire, dans notre équipe. Après le succès de Versailles sur BBC Two, nous ne doutons pas que cette série trouvera un écho favorable auprès des téléspectateurs britanniques et, bien sûr, auprès de ceux qui nous regardent de plus loin. La série sera également diffusée sur le iPlayer de la BBC, ce qui contribuera à toucher massivement une audience large de téléspectateurs.