Du clown-pitre à l’acteur dramatique multi-primé : retour sur la carrière de Jim Carrey acteur insaisissable, émouvant et dérangeant.

Découvrez le maître ultime de la comédie burlesque à Hollywood, qui a fait de son rêve de gloire une réalité et est devenu une œuvre d’art vivante.

L’ interview


Unifrance : Comment vous est venue l’idée de ce portrait de Jim Carrey ?

Adrien Denouette

Adrien Denouette, scénariste et réalisateur : J’avais l’habitude d’associer Jim Carrey aux gimmicks et à l’humour débile, mais avec Dumb and Dumber en 1994, j’ai découvert son ton potentiellement subversif et sa puissance comique unique. En grandissant, je me suis rendu compte du paradoxe qu’il représentait : il est l’un des acteurs les mieux payés d’Hollywood, mais il est resté perturbateur dans le show-business et critique les valeurs américaines. En 1994, The Mask a été un énorme succès, générant 352 millions de dollars au box-office. Il a également remporté de nombreuses récompenses, portant Carrey au sommet de sa gloire internationale. En tant que scénariste et réalisateur, je me suis rendu compte que peu de choses avaient été écrites ou filmées sur lui, alors j’ai décidé d’écrire un livre. Un an plus tard, j’ai réussi à réaliser ce documentaire avec Dominique Barneaud de Bellota Films et ARTE, retraçant les origines de Carrey et ce qu’il a apporté à l’industrie cinématographique en tant qu’artiste.

Dominique Barneaud


Dominique Barneaud, producteur :
Ce film dresse le portrait du Captain America le plus dérangeant d’Hollywood, sans aucune limite dans la provocation et l’outrance. Il savait que les fous étaient le reflet de leur époque, capable de tourner en dérision l’idéal américain. Dans ces films il dénonce les fissures de la génération “gagnante” et témoigne de la fracture raciale et économique des années 80, 90. Le portrait d’une telle icône du cinéma populaire américain, incarnation d’une époque, a immédiatement séduit la chaine ARTE qui s’est très vite engagée dans le film.

Il a été présenté en Septembre en avant-première au Festival du Cinéma Américain de Deauville et sera diffusé au printemps prochain sur ARTE.

Unifrance : Qu’est-ce qui rend les performances d’acteur de Carrey si uniques ?

Isabelle Graziadey

Isabelle Graziadey, Directrice des Coproductions Internationales et des Acquisitions à Terranoa : Ce documentaire révèle le génie de l’acteur, à travers on abondante filmographie avec plus de 50 films à son actif sur 40 ans qui témoigne de son éclectisme. Il a fait ses débuts à la télévision puis au cinéma, avec un registre très large. En tant qu’acteur burlesque dans des films hilarants comme Ace Ventura : détective chiens et chats (1994), mais aussi dans des films plus dramatiques comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) et The Truman Show (1998), pour lequel il a remporté le Golden Globe du meilleur acteur. Dans son jeu burlesque, il est capable d’identifier les comportements les plus grotesques de l’Amérique et d’en faire des personnages plus grands que nature. Ses films dénoncent les outrances de notre société de consommation, ainsi que l’envers du rêve américain.

Unifrance : The Mask (1994), Dumb & Dumber (1994), The Truman Show (1998) : La filmographie de Jim Carrey a marqué toute une génération.

Adrien Denouette : Carrey a été la figure de proue des années Clinton, le lien entre Charlie Chaplin et Roger Rabbit, la dernière explosion de rires avant la déprime du 11 septembre. Il a également été le premier et le seul acteur blanc dans l’émission populaire In Living Color diffusée sur Fox dans les années 90. Il était très impliqué en tant que producteur et réalisateur dans ses films. Ce portrait révèle son insolence, son cynisme au vitriol, tout l’inverse du politicaly correct. Il a vraiment dynamité le rôle de bouffon dans ses premiers films et s’est imposé en tant qu’artiste. Aujourd’hui, la comédie burlesque subversive et les performances d’acteur comique sont moins prisées par le public qui plébiscite les films et franchises de super-héros en animation numérique produit par les Studios américains.

Unifrance : Quelle est votre stratégie de distribution pour Jim Carrey, l’Amérique démasquée ?

Isabelle Graziadey : De nombreux films de Jim Carrey sont devenus des références dans leur genre, comme Ace Ventura, Man on the Moon et The Truman Show, et sont appréciés par des générations de cinéphiles. En tant que distributeur, nous savions que le film pouvait s’adresser à un public de tous âges – de la génération qui a grandi avec The Mask, lorsque Carrey était à son apogée, jusqu’à un public plus jeune qui peut encore rire de ses performances scandaleuses et apprécier sa personnalité d’acteur burlesque et découvrir l’ampleur de son talent dans des rôles plus tardifs.

Unifrance : Quelles sont les ventes que vous avez réalisées jusqu’à présent ?

Isabelle Graziadey : la RTS, la RTBF, Ceska TV, Canal + Pologne. Nous en attendons d’autres prochainement en Pologne et en Australie.

Unifrance : Quel est votre film préféré de Jim Carrey ?

Adrien Denouette et Dominique Barneaud : Fous d’Irène (2000), réalisé par les frères Farelly. C’est la performance d’acteur la plus burlesque de Carrey et un film qui dépeint la virilité de la manière la plus drôle qui soit.

Isabelle Graziadey : The Truman Show (1998), réalisé par Peter Weir, et Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), réalisé par Michel Gondry. Deux films brillants et inclassables transcendés par le jeu de Jim Carrey tout en subtilité et contraste, au meilleur de sa forme !