Coproduction entre Banijay et France Télévisions, la nouvelle adaptation de l’œuvre phare de Zola, Germinal, donne un nouveau souffle à un texte classique, le rendant accessible au public post-#BalanceTonPorc et attrayant pour les sensibilités modernes des téléspectateurs d’aujourd’hui. Carole Della Valle, productrice chez Banijay Studios France, et Claire Jago, EVP, EMEA, Ventes et Acquisitions pour Banijay Rights, discutent de cet unique partenariat entre public et privé, ainsi que des défis que représentent l’adaptation d’un roman aussi connu et ancré dans un lieu et dans une époque.

GERMINAL, série réalisée par David Hourregue, 2020. SEQ 126 A, avecThierry Godard (Maheu), Rose-Marie Perreault (Catherine) Vincent Deniard (Bouteloup), Max Baissette de Malglaive (Jeanlin)
Credit: Sarah ALCALAY/FTV/BANIJAY

L’ interview

UniFrance : Pourquoi avez-vous choisi d’adapter le célèbre roman d’Emile Zola ?  

Carole Della Valle

Carole Della Valle : Produire une série d’époque est un défi très excitant, qui ne se présente pas souvent dans la vie d’un producteur. Emile Zola est un auteur français du XIXème siècle très connu – et que vous aimiez ou non ses livres, la plupart des gens connaissent son nom, en particulier ceux d’entre nous qui viennent de France. Nous étions donc très enthousiastes à l’idée de lire et de réadapter Germinal, l’un de ses romans les plus célèbres. Nous avons été bouleversés par la pertinence des thèmes centraux du texte pour la société d’aujourd’hui, il était donc évident que nous devions l’adapter pour la télévision.

UniFrance : Qu’est-ce qui la différencie des précédentes adaptations de Germinal ? 

Carole Della Valle : L’adaptation la plus célèbre de Germinal est un long métrage réalisé par Claude Berri en 1993, avec Gérard Depardieu et le célèbre chanteur français Renaud. A l’époque, ce projet avait le plus gros budget de production jamais réalisé pour un film français. Son ton était très proche de celui du roman. 

Cependant, nous avons décidé d’aborder le format télévisuel sous un nouvel angle. L’histoire reste la même, mais nous avons apporté quelques changements aux personnages féminins en termes de pouvoir et de psychologie. Par exemple, après le mouvement #BalanceTonPorc, nous ne pouvions pas écrire l’histoire de Catherine et Chaval de la même manière qu’elle apparaissait dans le roman. Nous devions comprendre ce qui se passait dans l’esprit de Catherine et ses raisons de rester avec un homme qui la maltraitait. Bien sûr, l’histoire se déroule au XIXe siècle et la mentalité était très différente à l’époque. Mais en travaillant sur cette nouvelle adaptation, nous avons réalisé que nous devions mettre en avant un point de vue du XXIe siècle.

Notre version de Germinal est une coproduction de Banijay Studios France et Pictanovo avec le soutien de la Région Hauts-de-France pour France Télévisions, en collaboration avec Rai Fiction et Salto. Comme il s’agit d’une histoire française, il n’a pas été facile au départ de convaincre nos partenaires. Mais finalement, grâce au caractère universel des thèmes de l’histoire (solidarité, lutte pour de meilleures conditions de vie), nous avons réussi à les convaincre, et la Rai a rapidement décidé de nous suivre. Nous avons eu la chance de travailler avec deux acteurs italiens pendant le tournage, Stefano Cassetti et Valeria Cavalli.

UniFrance : Quels sont les défis d’une adaptation littéraire ?

Carole Della Valle : Avant d’être publiée en tant que roman, l’histoire de Zola l’a d’abord été sous forme d’épisode dans un journal – et était déjà structurée comme une série avec des arcs narratifs, ce qui a été vraiment pratique pour l’adaptation. En effet, la matière du roman était déjà incroyablement proche d’un scénario de télévision : il y avait des cliffhangers, de nombreux personnages intéressants, et plusieurs épisodes à approfondir.

En ce qui concerne le casting, nous voulions vraiment choisir un acteur qui ait l’âge d’Etienne Lantier. Il était fondamental pour nous d’avoir un jeune acteur principal qui puisse le caractériser parfaitement – et nous avons été ravis de découvrir le talent de Louis Peres. Bien entendu, de nombreux acteurs très célèbres ont également fait partie du casting, notamment Alix Poisson, Guillaume de Tonquedec et Sami Bouajila.

UniFrance : La série rend également hommage aux mineurs.

Carole Della Valle : Tout à fait. Notre réalisateur, David Hourregue, a toujours insisté pour que ce projet rende les habitants du Nord de la France fiers de leur région et de ses mineurs. Et nous espérons qu’ils le seront !

Il a été très utile que nous puissions utiliser la Mine Créative d’Arenberg, une ancienne mine transformée en musée. Le film de Claude Berri y a été tourné, et une partie du décor de l’époque est toujours exposée. Cependant, nous avons dû agrandir ce décor, et pour le rendre plus réaliste, nous avons commandé 80 tonnes de charbon en Pologne afin que les acteurs puissent véritablement en mettre dans leurs chariots !

UniFrance : Actuellement sur Salto, bientôt sur France 2, Germinal va faire parler de lui !

Carole Della Valle : Il y a un véritable engouement autour de la série. Le partenariat avec Salto est une opportunité importante pour nous. Le public est plus jeune, et c’est un excellent moyen de créer du bouche-à-oreille. C’est aussi la première fois qu’un diffuseur public et un diffuseur privé concluent ce genre d’alliance. C’est une grande opportunité pour toutes les futures séries en France.

Germinal est un monument de notre vie culturelle en France. Une histoire certes très politique, mais cette série n’aurait pas pu exister sans le soutien total de France Télévisions.

UniFrance : La série est une adaptation d’un roman français, sur l’Histoire de France. Comment positionnez-vous cela pour un public international ?

Claire Jago

Claire Jago : Germinal est internationalement connu, tout comme son auteur Emile Zola. Vendre une série basée sur un chef-d’œuvre littéraire aussi puissant contribue toujours à créer une dynamique sur le marché international et auprès du public. Il s’agit d’une énorme production, qui a bénéficié d’un financement et d’un marketing importants, ce qui est également utile. Oui, cette série traite peut-être de mineurs français au XIXe siècle, mais comme le dit Carole, elle contient tellement de thèmes universels qu’elle est vraiment remarquable pour les spectateurs modernes. Les drames d’époque ont toujours été, et resteront toujours, populaires, et nous ne doutons pas que cette adaptation le sera également.

UniFrance : La série a été bien accueillie à Séries Mania et a remporté le prix du public. Quelles ont été les premières réactions des acheteurs ?

Claire Jago : Nous sommes ravis que Germinal ait remporté un prix aussi prestigieux à Séries Mania. A bien des égards, cela ne m’a pas surprise car cette série est un drame exceptionnel qui trouvera un écho auprès de tant de personnes, non seulement en France mais aussi dans le monde entier.

Toutes les réactions à Germinal ont été positives jusqu’à présent, et nous avons récemment réalisé notre première vente internationale à la chaîne canadienne Radio-Canada – un excellent signe pour cette grande épopée. Bien sûr, les marques d’intérêt ne cessent de se multiplier et nous espérons avoir bientôt d’autres bonnes nouvelles à partager avec vous !

GERMINAL, série réalisee par David Hourregue, 2021. SEQ 438 avec Louis Peres (Etienne Lantier)
Credit: Sarah ALCALAY/FTV/BANIJAY