Vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemblait votre ville natale il y a des millions d’années ? Le terrain sur lequel se trouve votre maison était-il autrefois un marécage, une montagne ou un lagon ? Le nouveau film documentaire, France, le fabuleux voyage a récemment donné aux Français une chance de voir exactement à quoi ressemblait leur pays avant l’humanité grâce à de nouvelles techniques qui superposent des images actuelles de monuments comme la Tour Eiffel sur le paysage des images d’endroits à travers le monde qui sont aujourd’hui ce que la France était alors. Thibaut Camurat, Producteur chez Les Bons Clients, rejoint Julia Schulte, Directrice des ventes internationales, et Victoire de Monès, Directrice des ventes chargée des documentaires de France TV Distribution pour discuter de ce film unique et de son potentiel à l’export en tant que format passionnant et adaptable.

L’ interview

Unifrance : France, le fabuleux voyage remonte le temps de plus de deux milliards d’années et montre Paris au milieu d’une mangrove… comment vous est venue l’idée d’un tel voyage ?

Thibaut Camurat

Thibaut Camurat, Producteur chez Les Bons Clients : Cette idée est née de la rencontre de trois personnes : un scientifique, un cinéaste et moi-même, le producteur. Arnaud Guérin, géologue, m’a d’abord présenté un projet de documentaire autour d’une histoire géologique de France. J’ai trouvé cela captivant mais ma crainte était que cela ne reste trop lointain pour le grand public. J’ai alors décidé de proposer à France 2 de raconter cette histoire, non pas en partant de son début il y a des milliards d’années, mais plutôt au fil d’un voyage à travers la France d’aujourd’hui. Mon idée était simple : faire prendre conscience que ce qui fait la France actuelle – ses paysages, son patrimoine, ses terroirs, son identité – est aussi le résultat d’une très longue histoire naturelle. Michael Pitiot, le réalisateur, a eu quant à lui l’idée cinématographique de faire se confronter le présent et le passé dans des plans spectaculaires. De ceux qui marquent les esprits longtemps après la diffusion. Voir Paris dans la mangrove, ça fait rêver mais en plus c’est porteur de sens : la capitale française n’aurait jamais existé sans la pierre calcaire qui a permis de la construire et qui est née au fond d’une mangrove. Ces plans sont une bonne synthèse du film : l’entertainment et la connaissance.

Unifrance : Comment avez-vous décidé d’aborder l’histoire géologique de la France ?

Thibaut Camurat : Je ne voulais surtout pas mettre en avant la notion de géologie car elle est souvent associée à de mauvais souvenirs du collège… L’idée était de raconter une histoire géologique sans le dire. Très vite, le pitch du programme est devenu : « découvrez la fabuleuse histoire de France avant l’humanité ».  Au cœur du projet, il y a toujours eu la volonté de mettre l’accent sur le merveilleux et le rêve, même si tout est intégralement basé sur la science. C’est ainsi qu’est né ce film documentaire à grand spectacle où l’on découvre l’incroyable passé de ce petit pays : une immense chaine de montagnes disparue qui est l’ancêtre érodé de la Bretagne et de ses falaises escarpées, une région de lagunes aux eaux chaudes et peu profondes qui a donné naissance à Paris, un lagon aux eaux turquoise qui a un lien secret avec le château de Chambord, une étrange jungle souterraine qui a donné le charbon, une immense calotte glaciaire qui recouvrait toutes les Alpes jusqu’à Lyon à une époque où Brest et Bordeaux auraient été à des centaines de kilomètres de la mer…

Unifrance : Parlez-nous des effets spéciaux…

Thibaut Camurat : Les effets spéciaux sont l’une des grandes promesses de ce film. L’idée était de créer des plans inédits et spectaculaires où le présent et le passé se rencontrent. Nous avons eu recours à des techniques du cinéma comme la modélisation 3D et le matte painting qui consiste à superposer des plans tournés dans des décors différents. Cela permet de créer des plans étonnants car hyper-réalistes comme Chambord dans un lagon, les Champs-Élysées dans la mangrove ou Cannes sous les nuées ardentes d’un volcan en éruption… Les moyens techniques de ce projet sont à la mesure de notre ambition : 22 graphistes ont œuvré durant six mois pour produire plus de 25 000 images donnant naissance à 76 plans truqués plus vrais que nature. Grâce à eux, on souhaitait que les frontières du temps soient abolies. 

Unifrance : Les séquences du passé de la France ont-elles aussi été modélisées par ordinateur ?

Thibaut Camurat :
Non, surtout pas ! Nous avons voulu rester dans le registre du documentaire : tous les paysages du passé de la France ont été tournés dans des décors réels. Grâce aux connaissances des membres du comité scientifique, spécialistes des paléo-environnements, nous avons précisément identifié où ils existent encore sur la planète. On a tourné le passé de la Bretagne en Nouvelle-Zélande, le passé corallien des pays de la Loire sur la Grande Barrière de corail au nord de l’Australie. Quant aux périodes glaciaires de la France, elles ont été tournées en Islande. Idem pour le volcanisme de la genèse. Ça a été une démarche systématique que de trouver à l’appui de la science des lieux qui sont aujourd’hui ce qu’était la France il y a des millions d’années. 

Unifrance : Comment expliquez-vous un tel succès lors de sa diffusion en prime time sur France 2 ?

Thibaut Camurat : C’est vrai que c’était un pari un peu fou ! Après les très bonnes critiques de la presse, j’espérais vraiment que le film rencontre le public car, au final, c’est pour cela et uniquement pour cela que nous faisons des films. Alors, réunir près de 3,5 millions de téléspectateurs et plus de 14% de part d’audience en primetime sur France 2 face à un programme très puissant et très installé  comme Koh-Lanta sur TF1, c’est la plus belle des récompenses. Le programme a surperformé sur la cible famille et c’est sans doute pour cette raison que nous réalisons la seconde meilleure audience de l’année pour un documentaire en France. Il n’est pas évident d’analyser les raisons de ce succès. Les retours que nous avons des téléspectateurs font ressortir quelques items : des images époustouflantes, du rêve, de la beauté, des effets spéciaux spectaculaires, une histoire encore jamais racontée. En un mot, la rencontre de l’entertainment et de la connaissance.

Unifrance : Pourquoi avoir choisi de produire ce film ? C’est un très beau pari !

Thibaut Camurat : J’ai choisi de produire ce film pour une seule et unique raison : depuis le premier jour, j’étais convaincu que bien racontée, bien mise en images, l’histoire de France depuis la nuit des temps a le potentiel pour faire rêver petits et grands. Un peu comme un conte merveilleux que votre grand-père vous raconte au coin du feu le soir de Noël…  Mais ici, l’histoire est bien réelle !

Unifrance : Pensez-vous que ce programme soit exportable ?

Thibaut Camurat : J’en suis convaincu ! De nombreux territoires ont déjà acquis les droits du film. Je pense que la marque « France » fait rêver de manière universelle. Ce n’est pas pour rien si nous restons depuis des années la première destination touristique mondiale. Nous offrons dans ce film une manière inédite de visiter notre pays, de le redécouvrir avec de sublimes images présentes et passées. Et à travers ce voyage en France, nous avons mis l’accent sur des marques mondiales : le Mont Saint-Michel et la Normandie, Paris et les Champs-Elysées, Chambord et les châteaux de la Loire, la Champagne, Chamonix, le Mont-Blanc et l’Aiguille du Midi, Cannes et la French riviera… Et pour ceux qui seraient intéressés pour une version locale de ce programme, nous souhaitons ardemment y travailler avec des diffuseurs et producteurs étrangers. Demain, ce serait formidable si Chine, le fabuleux voyage voyait le jour… Et on peut imaginer que ce format existe sur de nombreux autres territoires !

Unifrance : Pourquoi avoir choisi de le défendre à l’international ?

Julia Schulte, Directrice des ventes internationales, et Victoire de Monès, Responsable des ventes, en charge des documentaires chez France tv distribution : Nous avons immédiatement été séduits par ce projet fou et par l’enthousiasme de Thibaut.

Il nous a montré des photos du métro parisien envahi par la mangrove, des châteaux de la Loire au milieu d’un lagon. Il nous a parlé de son souhait de raconter cette histoire des paysages français de manière très accessible, comme un conte.

Et Michael Pitiot en chef d’orchestre !

Tout cela nous a très vite convaincu. On percevait déjà le potentiel d’un film à grand spectacle.

Et bien sûr la France, on sait qu’elle fascine le monde entier. C’est une marque ! Et la promesse de découvrir ces lieux emblématiques (le Mont Saint Michel, les vignobles du Bordelais, la Champagné, Chambord, la tour Eiffel…. ) sous cet angle si original, nous as donné envie d’accompagner Les bons clients. Les images époustouflantes des paysages originaires de la France (tournées dans diverses régions du monde) et la promesse visuelle du projet nous ont séduites.

Nous avons également assez tôt perçu le potentiel  d’un format, de proposer à des producteur locaux de faire leur « Fabuleux Voyage », en Allemagne, en Chine, au Canada, en Italie… en leur proposant un cahier des charges sur l’aspect techniques, sur la narration mais également en leur donnant accès à toutes ces images, qui représentent les paysages du passé, tournées dans le monde entier.

Unifrance : Quels ont été les premiers retours des acheteurs ?

Julia Schulte et Victoire de Monès : Dès le début nous avons ressenti un intérêt et une curiosité de la part de nos acheteurs, particulièrement sur la promesse visuelle du film.                                              

Nous avons présenté le film en mars 2021 lors des RDV Doc. Nous l’avons pitché avec Thibaut Camurat et montré quelques courtes séquences. Nous avons tout de suite perçu l’enthousiasme et l’envie d’en voir plus de la part de nos acheteurs.

Les acheteurs étaient très curieux par rapport à l’approche originale et osées qui mélange des images de nos jours des sites emblématiques superposés avec les images des paysages ancestraux.

En outre de la promesse visuelle c’est également la promesse éditoriale qui a suscité beaucoup de curiosité : raconter l’histoire locale et territoriale tout en faisant voyager à travers des paysages exotiques d’un autre temps.

Le film a été montré dans son intégralité à Biarritz et au Mipcom pour finalement le faire découvrir aux acheteurs dans sa version finalisée.

Et depuis ces deux marchés nous avons déjà des ventes et de nombreux intérêts partout dans le monde.

Unifrance : Quel avenir pour La France le fabuleux voyage ?

Julia Schulte et Victoire de Monès : Comme nous l’avons mentionné, nous réfléchissons actuellement avec les producteurs à la meilleure manière de positionner La France le Fabuleux voyage : c’est-à-dire comme un format à exporter à l’étranger et à adapter aux différents marchés locaux. Les producteurs ont non seulement créé un concept éditorial (une façon originale de raconter la naissance des territoires qui peut être transposée à d’autres pays) mais ils ont aussi développé un savoir-faire concernant des techniques d’animations spécifiques et une sélection de paysages filmés qui pourraient être utilisés pour des productions locales. C’est la deuxième partie de l’aventure qui commence et nous sommes très enthousiastes !