Unifrance: Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Valérie Mouroux – © Beowulf Sheehan

Je suis attachée audiovisuelle à l’Ambassade de France à New York depuis septembre 2019.  Je suis en charge du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique au sens large, de la réalité virtuelle au jeu vidéo, en passant par le podcast. Avec mon équipe, nous couvrons ces sujets plus particulièrement à New York et dans la région, mais aussi au niveau fédéral. A ce titre, nous travaillons en étroite relation avec les attachés culturels des villes où nous sommes implantés (San Francisco, Houston, la Nouvelle Orléans, Atlanta, Miami, Washington, Boston, Chicago) et avec l’attachée audiovisuelle à Los Angeles, Lucie Carette.

Auparavant, j’étais Directrice des partenariats et du développement à l’Institut français, après y avoir été Directrice du Cinéma de 2008 à 2016. J’ai aussi longtemps travaillé au Ministère des Affaires étrangères comme Chef du Bureau du Documentaire puis Chef du Bureau du Film français ; j’étais alors en charge du catalogue de films du Ministère et de leur diffusion à l’international, ainsi que des aides à la production documentaire, ce qui m’a permis de collaborer avec un certain nombre de vos adhérents.

Unifrance: Quelles sont les actions mises en place par le poste pour promouvoir la production audiovisuelle française ?

Le cinéma et l’audiovisuel occupent une place privilégiée dans la politique du poste en faveur des industries culturelles et créatives françaises aux États-Unis, premier pays prescripteur au niveau mondial. Comme le montrent les études publiées pour l’année 2020 (CNC/Unifrance), l’Amérique du Nord représente toujours le deuxième territoire après l’Europe pour les ventes de films français et de programmes audiovisuels. A noter également l’extraordinaire dynamisme de la production, portée par les besoins en contenus des plateformes américaines, et la montée en puissance des technologies immersives, reflétée par les investissements des GAFA sur le Metaverse.

Pour répondre à ces enjeux, nous avons mis en place une série de mesures visant à soutenir les productions cinéma/audiovisuel françaises, du stade du projet, avec la Villa Albertine, à leur diffusion sur le territoire. Nous accompagnons également les professionnels de l’immersion et de la réalité virtuelle, un secteur d’avenir auquel nous sommes particulièrement attentifs. Nous faisons enfin la promotion des tournages en France et du crédit d’impôt international à travers un poste créé spécialement dans l’équipe de Lucie Carette à Los Angeles avec le soutien du CNC et de Filmfrance, et occupé actuellement par Guillaume Kervern.

Nous collaborons étroitement avec UniFrance sur un grand nombre de sujets, notamment sur la promotion des films français dans les festivals aux États-Unis,  ou lors de leur sortie en salles, dont nous nous faisons le relais auprès des publics francophones et américains francophiles.

Nous sommes partenaires sur le programme Young French Cinema qui permet chaque année à une dizaine de films français non distribués de trouver leur public dans les salles américaines.  En 2021, malgré le Covid, nous avons pu maintenir le programme en version hybride, avec des films comme Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal, Josep de Aurel, Rouge de Farid Bentoumi, Si le vent tombe de Nora Martirosyan.

Nous soutenons également les initiatives en faveur de la coproduction cinéma et audiovisuel, comme le programme US & French Connection proposé par French in Motion dans le cadre de la Gotham Week (ex IFP week), qui a permis à 3 projets de long métrages français de bénéficier de rendez-vous avec des coproducteurs potentiels, diffuseurs et plateformes américains.

Enfin, nous travaillons ensemble à la promotion de la VR française, en association avec le CNC et l’Institut français, dans le cadre du programme French Immersion qui permet de soutenir les équipes sélectionnées dans les festivals prescripteurs comme Tribeca, Sundance ou Film Gate Miami. Nous avons aussi réalisé une étude sur le secteur de la réalité virtuelle aux USA à l’attention des producteurs français : FR/XR ; a Handbook for immersive Producers.

Le nouvel « âge d’or » des séries françaises

S’agissant de la production audiovisuelle au sens strict, nous avons mis l’accent ces derniers mois sur les séries TV à travers plusieurs initiatives fortes destinées à accompagner le nouvel «âge d’or » des séries françaises que nous connaissons actuellement, porté par les plateformes.

Tout d’abord à Los Angeles, avec l’évolution du Boulevard des séries qui accueille désormais un volet « résidences » (Boulevard des séries-La Fabrique) avec le soutien de la SACD, du CNC et de la Writers Guild Foundation. Ensuite, à travers une série d’événements à la Résidence de France à Washington DC pour promouvoir les séries françaises (comme Un Village français qui a reçu le prix de l’American Abroad Media en décembre) ou les séries tournées en France, comme la Saison 2 de Emily in Paris, en partenariat avec Netflix.

A New York, nous avons soutenu la venue des équipes françaises nominées (et récompensées !)  aux 49eme International Emmy Awards : la Saison 4 de Dix pour Cent (Mon Voisin Production, Mother Production, France Télévision, Netflix), sacrée meilleure Comédie, et Kubrick par Kubrick de Gregory Monro (Temps Noir, Arte, Telemark), meilleur documentaire artistique. Cet excellent résultat témoigne de ce nouvel « âge d’or » de la série française, porté par les plateformes de streaming dont l’intervention, au stade de la production comme de la distribution, constitue un véritable accélérateur au niveau mondial.

L’équipe de Dix pour Cent, Meilleure Comédie aux 49th International Emmy Awards,
22 Novembre 2021,  New York City.

Les nominations récentes de Lupin et d’Omar Sy aux Golden Globes, et de deux séries françaises (Dix pour cent et Lupin) aux Critic’s choice Awards viennent confirmer cette excellente dynamique pour l’audiovisuel français.

Unifrance: Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur le nouveau programme Villa Albertine ?

Créée par le Ministère des Affaires étrangères avec le soutien du Ministère de la Culture, la Villa Albertine est la nouvelle institution de la France aux Etat-Unis qui s’inscrit dans la tradition des grandes Villas françaises à l’étranger tout en proposant un modèle nouveau. La Villa Albertine déploie en effet dans les 10 villes où les Services culturels de l’Ambassade de France sont implantés et propose à 60 artistes, créateurs et penseurs de toutes disciplines des résidences de 1 à 3 mois pour des projets innovants, qui entrent en résonnance avec le territoire.

Pour la saison inaugurale (2021-2022), nous accueillerons 80 artistes, dont 18 cinéastes et 7 créateurs numérique.  Cet automne, par exemple, nous avons reçu Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (en partenariat avec Unifrance) à New York, Alain Gomis à New York, Boston et Los Angeles, Claire Simon à Boston, Dyana Gaye à la Nouvelle Orléans, pour des résidences de recherche leur permettant de développer leurs prochains longs métrages.

Parallèlement, nous avons un ambitieux projet, USA Vus par, avec Catherine Bizern et Michel Klein (Les Films Hatari), qui se traduira par l’invitation de 10 cinéastes dans 10 villes pour réaliser une collection de 10 courts métrages reflétant le regard d’une génération de réalisateurs français sur un territoire qui continue de fasciner.

Sont déjà confirmés : Alice Diop, Hassan Ferhani, Yann Gonzales, Sophie Letourneur, Valérie Massadian, Bojina Panayaotova et Virgil Vernier.

L’appel à candidatures pour la Saison 2 est ouvert jusqu’au 20 janvier 2022, pour des résidences d’exploration en 2023.

https://villa-albertine.org/fr/professionals/call-applications-villa-albertine-season-2

Alain Gomis, Claire Simon, Dyana Gaye, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh en résidence à la Villa Albertine cet automne.

La Villa Albertine, c’est aussi 15 programmes professionnels dans les principaux secteurs des industries culturelles et créatives, dont plus de la moitié consacrés au cinéma, à l’audiovisuel et à la création numérique.

On y retrouve les grands programmes historiques du poste, comme Boulevard des séries, Young French cinema et French Immersion, mais aussi Albertine Cinémathèque (ex Tournées film festival) qui, avec le soutien du CNC et du Fonds culturel franco-américain,offre le meilleur du cinéma français et francophone dans les écoles et les universités américaines.

Petite fille, de Sébastien Lifshitz

La Villa Albertine nous a enfin permis d’explorer de nouveaux secteurs identifiés comme particulièrement porteurs comme le podcast, avec Sounds of New York (en partenariat avec Spotify, radio France, la SACD, l’INA, Paradiso) ou d’approfondir notre accompagnement des créateurs de jeu vidéo et d’expériences immersives avec Digital Playgrounds, en partenariat avec le CNC.  Ces deux programmes d’accompagnement collectif se traduiront par l’accueil à New York de 7 créateurs de podcast français pendant une semaine en mars 2022 et de 6 créateurs de jeu vidéo et de réalité virtuelle pendant 1 mois en février 2022, avec un encadrement par des experts américains.

Unifrance: Quelles sont les conséquences du Covid dans le domaine de l’audiovisuel ?

Les conséquences ont été, comme partout, sévères, surtout dans la première période, marquée par la fermeture générale des lieux culturels, des salles de cinéma, l’arrêt complet des tournages pendant plusieurs mois, l’annulation ou le report des principaux salons professionnels, des festivals et des spectacles sportifs live. Au plus fort de la crise, cela s’est traduit par des licenciements soudains et d’une ampleur inégalée dans le secteur des medias et du divertissement, par un effondrement du box office, des recettes publicitaires pour les principaux networks, un endettement colossal des grands circuits de cinéma , et une fragilité accrue des structures indépendantes.

L’ensemble de la filière a pâti de la fermeture des frontières qui s’est prolongée jusqu’à début novembre 2021. Pour nos activités et celles de nos partenaires, au premier rang desquels les festivals, cela a posé d’énormes difficultés, sans compter les nombreux tournages français qui ont dû être annulés ou reportés.

Dans le même temps, le Covid a accéléré les phénomènes déjà à l’œuvre avant la crise et modifié profondément le paysage audiovisuel au profit de certains acteurs, comme les plateformes de streaming, désormais en position dominante ; ou encore le jeu vidéo, à son plus haut niveau depuis 2018, et le secteur de l’immersion qui devrait décoller très rapidement, grâce aux investissements massifs des Gafa.

La situation est encore en pleine évolution, et ce qui me marque, c’est le dynamisme de tous les acteurs que nous rencontrons. Dans le secteur du cinéma, les dernières éditions de Colcoa et du New York Film festival qui se sont tenues en présentiel pour la première fois depuis deux ans, devant des salles pleines, sont particulièrement encourageantes.  Et plus largement, je dirais aussi que les évolutions récentes sont marquées par une demande inégalée de contenus, ce qui nous semble constituer une véritable opportunité pour la France, pour ses créateurs, producteurs et ses industries techniques.