TV France International : Pouvez-vous vous présenter succinctement pour nos adhérents ?

Benoît Martin

Benoît Martin: Bonjour. Je suis Attaché audiovisuel à l’Ambassade de France au Mexique ou pour le dire plus simplement, je suis responsable de la promotion du cinéma français au Mexique mais également de la création numérique et des musiques actuelles.

J’avais exercé des fonctions similaires en Israël puis en Chine après des études de cinéma et un passage au ministère de la Culture.

TV France International : Quel genre de programme rencontre le plus de succès au Mexique ?

Benoît Martin: Le public mexicain est un grand consommateur de télénovelas, mais dans une moindre mesure que les autres pays d’Amérique latine. Parmi les programmes plébiscités par les Mexicains dans les études d’opinion, viennent en tête l’information, puis le cinéma et seulement en troisième les télénovelas. Aussi, la véritable spécificité de la télévision mexicaine est l’importance donnée à l’information et au politique. Chaque matin, le Président de la République répond aux questions des journalistes pendant deux heures sur une chaîne de grande écoute ! Sinon, les reality shows et programmes sportifs sont populaires, mais pas plus qu’ailleurs. Une autre particularité est l’appétence du public pour les films d’horreur. Grave de Julia Ducournau avait eu un joli succès en 2018.

TV France International : Quelles sont les actions audiovisuelles mises en place par le poste pour promouvoir la production française ?

Benoît Martin: La vitrine de l’action audiovisuelle de la France au Mexique est le Tour de Cine Francés qui avec jusqu’à 350 000 spectateurs les meilleurs années est le premier festival de films français à l’étranger et le premier festival de cinéma au Mexique. Il fêtera en octobre son 25e anniversaire avec comme chaque année, sept long-métrages et j’espère quelques invités.

L’ambassade de France au Mexique travaille main dans la main avec Unifrance dont My French Film Festival a un succès considérable. Certaines années, le Mexique peut représenter à lui-seul un quart des spectateurs mondiaux de l’opération.

Cette fidélité et cet attrait du public mexicain pour le cinéma français sont vraiment impressionnants. La France est le troisième pays en nombre de films distribués au Mexique. Avec 35 films sortant en salle bon an mal an, nous arrivons en troisième position derrière les Etats-Unis et les films nationaux. Notre principale difficulté est la faible visibilité de ces productions qui ont accès à trop peu d’écrans.

Aussi, l’Institut français d’Amérique latine (IFAL) à Mexico et l’Alliance française de Guadalajara se sont dotés de salles numérisées. Elles prolongent l’exploitant des films français distribués chaque année, proposent des exclusivités en lien avec l’Institut français et offrent une programmation de classiques sur laquelle elles sont très attendues.

De manière plus classique, nous sommes les interlocuteurs des nombreux festivals du pays. En premier lieu les festivals internationaux de Morelia, Guadalajara et de l’UNAM mais également Ambulante pour le documentaire et Pixelatl pour l’animation.

En reprenant chaque année une sélection de la programmation de la semaine de la critique cannoise, le festival de Morelia nous est un partenaire très précieux. Nous menons cette année avec lui un programme de mentorat. Actuellement, Philippe Claudel suit quatre scénaristes mexicains dans leur processus d’écriture. C’est le type d’actions plus discrètes mais tout aussi stratégiques pour rapprocher les talents de nos deux pays.

Je pourrais également citer les rencontres dédiées aux effets spéciaux que nous avons menées en avril avec le Paris Images Digital Summit ou les prochaines rencontres de coproductions qui se tiendront en octobre en lien avec les régions Île-de-France, Centre et Aquitaine et le festival Viva Mexico!.

Je dois également mentionner notre action de promotion de nos modèles réglementaires. Le Mexique travaille actuellement à une réforme de sa loi audiovisuelle et nos partenaires nous interrogent beaucoup sur notre décret SMA mais également sur nos mécanismes de régulation exploitants-distributeurs. Notre modèle est véritablement admiré à l’étranger. Je ne sais pas si on en a toujours conscience à Paris.

Pour en venir aux formats, notre action y est plus récente. Une délégation mexicaine réunissant producteurs et acheteurs sera l’invitée du festival Séries Mania cet automne et le Cinéma IFAL sera le siège de show-rooms de séries et autres formats français. Il est évidemment que c’est un des aspects de notre action qui est amené à se développer. Le MIP Cancun est annoncé en présentiel du 16 au 19 novembre. Ce sera un rendez-vous important pour notre présence sur le marché latino-américain.

TV France International : Quels types de programmes français retrouve-t-on sur les chaînes au Mexique?

Benoît Martin: Du cinéma. Il y a bien évidemment quelques séries qui passent occasionnellement sur les chaînes gratuites mexicaines, comme l’Agent immobilier produit par les Films du Poisson et distribué par Federation Entertainment que j’ai pu voir récemment, mais c’est avant tout le cinéma qui offre une réelle visibilité aux productions françaises. La chaîne publique Canal 22 peut proposer deux à trois fois par mois des films français en prime-time sur son antenne.

Les abonnés à la SVàD ont évidemment accès à un choix plus large. Fin 2020 a été lancée la jeune plateforme Europa Más, spécialisée dans les séries européennes. Elle propose de nombreux contenus de France Télévisions, TF1 et Studio Canal mais sa visibilité est encore très limitée.

TV France International : Quelles sont les conséquences du Covid dans le domaine de l’audiovisuel ?

Benoît Martin: Troisième pays en nombre de morts, le Mexique a été très fortement affecté par la pandémie de covid. Le bilan est avant tout un bilan humain.  Pour parler de notre secteur, les salles ont été fermées de mars à septembre 2020 pour ensuite rouvrir et refermer à des rythmes différents selon les états du pays sans jamais dépasser des jauges de 60%. L’absence de sortie de blockbusters n’a pas aidé les exploitants. Cet automne, faute de nouveautés, vous pouviez revoir en salle toute la saga des Harry Potter. Ce qui n’a évidemment pas mobilisé les foules.

Cinépolis et Cinemex, le duopole contrôlant 93% du parc de salles, sortent considérablement endettés. Cinépolis a restructuré en décembre 2020 une dette d’1,35 milliard de dollars. Son concurrent Cinemex détient lui un passif de 235 millions de dollars.

Les distributeurs ont quant à eux subi en début de pandémie une chute du pesos de 20% face à l’euro. Certains films achetés au taux fort pour la salle sont sortis directement en VàD dans une monnaie dévaluée. Ils semblent poursuivre leurs achats mais il est encore difficile d’avoir une idée précise de leur capacité actuelle d’investissement.

S’agissant des producteurs, les tournages ont pu reprendre relativement vite à l’automne avec, comme ailleurs, des coûts à la hausse du fait des nouvelles normes sanitaires. Il faut préciser qu’aucun de ces secteurs n’a bénéficié de soutiens financiers de la part des pouvoirs publics.

Pour en venir à la télévision, la crise sanitaire a eu des conséquences différentes. Les audiences se sont envolées. Plus 30% de téléspectateurs pour Televisa en 2020 mais moins 13% de revenus publicitaires. La fermeture des écoles pendant plus d’un an a notamment bénéficié aux programmes jeunesse. Le confinement a rendu les téléspectateurs captifs mais a amputé leur pouvoir d’achat. Les chaînes ont réduit d’autant leurs coûts de production mais n’ont pu éviter de voir leur dette libellée en dollar augmenter.

Il reste beaucoup d’incertitudes même en supposant que la crise soit derrière nous, mais les infrastructures et les entreprises semblent résister. Espérons que cela reste ainsi.

La résilience de l’industrie audiovisuelle mexicaine durant cette crise a peut-être résidé dans sa forte concentration. Les duopoles Televisa-TV Azteca pour la télévision, Cinemex-Cinépolis pour l’exploitation ont semble-t-il, été mieux armés pour affronter un long passage à vide que des petits acteurs en concurrence. Mais la solidité de ces entreprises ne peut pas masquer des coûts sociaux importants.

Quant à nous, cet arrêt imposé nous a donné l’occasion de repenser notre action et de renforcer notre présence en ligne. Nous avons développé un podcast sur le cinéma français, un compte Tik Tok pour la musique, un concours sur Instagram. Nous avons invité des célébrités locales à présenter leur film français préféré sur la plateforme la-vingt-cinquième-heure. Depuis le mois d’avril, nous diffusons chaque dimanche un concert d’un groupe français sur une chaîne gratuite mexicaine.

Toutes ces actions ont été utiles et nous poursuivrons certaines d’entre-elles. Toutefois, aucune n’a été en mesure de compenser l’absence de manifestations physiques. Le cinéma et la musique sont des pratiques culturelles, au sens où elles participent au lien social. Les évènements en ligne peuvent prolonger et entretenir la visibilité d’une œuvre ou d’un artiste. Mais les projections en salle et les festivals fidélisent le spectateur à de nouveaux talents bien plus que le streaming et la VàD. Au moment où certains annoncent la mort des salles de cinéma, c’est peut-être rassurant.