L’année se termine bien pour le phénomène français Dix pour cent avec des adaptations en cours dans le monde entier, dont un remake au Royaume-Uni. La série, qui vient de remporter un Emmy Award, prépare également un film qui suivra les tribulations de nos agents préférés et de leurs (pas toujours) fidèles assistants. Julia Schulte de France tv distribution, Michel Feller de Mon Voisin Productions et Aurélien Larger de Mother Production nous font part de ce que l’avenir réserve à ce succès mondial.

L’ interview


Les stars du monde entier se prennent de passion pour les héros de Dix pour cent.

Unifrance : Quelle belle fin d’année 2021 à l’international pour Dix pour cent !  

Julia Schulte

Julia Schulte (France TV Distribution) : Cette fin d’année est effectivement exceptionnelle pour la série Dix pour cent qui s’impose comme l’une des séries françaises les plus appréciées dans le monde : la distinction aux EMMYS, la sélection récente du New York Times ou encore le prix de la ROSE D’OR… Plus que jamais, le potentiel de DIX POUR CENT est mondialement reconnu aujourd’hui ! Chez France tv distribution, nous sommes très fiers d’avoir contribué à ce succès.

Michel Feller (Mon Voisin Productions) : Que demander de plus. Le plus impressionnant, c’est qu’aux International Emmy Awards, il y avait plus de quarante pays représentés et tous connaissaient la série et étaient des fans inconditionnels…

Aurélien Larger (Mother Production) : Ce qui est très agréable, c’est que d’une certaine façon, cela couronne un succès public qui s’est vraiment accentué avec la saison 4 et avec le confinement mondial. Le public de Netflix est allé voir d’autres séries que les séries auxquelles ils étaient habitués et grâce à cela, ils ont découvert de nouveaux territoires, ce qui a profité à Dix pour cent. Le coté universel et populaire de Dix pour cent est passé d’une échelle nationale à une échelle mondiale. Tous ces prix n’ont de valeur que parce qu’ils ont été précédés d’un grand succès public et désormais international. Nous ne travaillons pas pour les prix, nous travaillons pour le public, même si c’est très agréable de recevoir des prix ! 

Unifrance : Outre ces différents prix, le programme est en cours d’adaptation dans plusieurs territoires… 

Aurélien Larger : Oui, nous en sommes très fiers et nous sommes particulièrement heureux de la sortie imminente du remake anglais qui est produit par Headline Pictures et Bron Studios, et adapté par John Morton. Il s’agit d’un remake de qualité qui a sa propre personnalité anglaise, avec un ton très singulier, qui a pour point commun avec Dix pour cent des dialogues savoureux, une grande authenticité ici très british et des personnages qui nous touchent. C’est ce que nous cherchons : émouvoir et distraire. C’est la première fois que nous sommes coproducteurs d’un remake de Dix pour cent. La série va être disponible sur Amazon UK, sur AMC Sundance aux Etats-Unis et sur d’autres territoires sur Amazon.

Julia Schulte : Des producteurs du monde entier reconnaissent aujourd’hui la force de son concept et après le Québec, la Turquie, la Grande-Bretagne et l’Inde, des développements sont en cours en Italie et au Moyen-Orient, entre autres, et l’option est signée dans une vingtaine de territoires au total.

Michel Feller

Michel Feller : Absolument, il y a de nombreux remakes déjà produits (Canada francophone, UK, Turquie, Inde), d’autres qui partent bientôt en production (Corée, Italie, Indonésie) ou en développement (Grèce, Espagne, Pologne, République Tchèque, Allemagne. Moyen Orient, ex Yougoslavie). Nous sommes aussi en discussion pour la Chine, Scandinavie, Benelux, Amérique Latine…. Et j’en oublie sûrement ! 

Unifrance: Comment expliquez-vous ce succès ? 

Julia Schulte : Dix Pour Cent est à la fois « so French » et très international par ses codes et certains aspects de production. En effet, les étrangers sont friands du style français, de l’image de Paris, de la mode et du chic parisien quand ils regardent la série originale. Et en même temps, les producteurs ont réussi à créer une série contemporaine, avec des codes modernes et universels, ainsi qu’un humour et des thématiques qui voyagent. Le concept permet d’intégrer des stars et des personnalités locales, tout en adaptant des arches narratives fortes, ce qui est un énorme potentiel pour les producteurs locaux qui créent les remakes.

Aurélien Larger : Je crois que c’est une série très française, très parisienne et très glamour. C’est également une série qui s’inscrit dans le cinéma d’auteur français qui reste très emblématique de notre culture, par rapport à la l’industrie cinématographique américaine et anglo-saxonne en général. 

Ensuite, la qualité de l’écriture a également joué un rôle primordial dans ce succès. Nous avons utilisé des outils de narration anglo-saxons, certes, mais pour un univers et des personnages très français. Nous sommes dans le registre de la dramédie : nous avons tout fait dans cette série pour transmettre à la fois beaucoup d’émotions et de comédie. Le public, je crois, s’y sent bien, d’où une base de fans étonnante pour ses personnages et leurs interprètes.

Michel Feller : Le rôle de diffuseur de Netflix aussi, même si finalement ils n’ont été présents que de façon très minoritaire dans le financement (à hauteur de 10% du coût de la série…) a fait beaucoup pour le rayonnement de cette dernière dans le monde. Beaucoup de jeunes qui avaient délesté les chaînes du service public y sont revenus grâce à la série qu’ils ont découverte sur Netflix…

Unifrance: La cible touchée par le programme à ses débuts semble s’être bien élargie… 

Julia Schulte : En effet, aujourd’hui, grâce, entre autres, à la diffusion quasi-mondiale de Netflix, cette série attire un très large public : d’une part, un public traditionnel, qui connait bien les stars ayant participé à Dix pour Cent, mais également un public plus jeune, attiré par le côté déjanté, ouvert et contemporain porté par certains talents de la série.

Photo by JOEL SAGET/AFP via Getty Images)

Aurélien Larger : Au départ, nous avons travaillé pour le public français. L’objectif, avec France 2, était de consolider un large public de prime time et de l’élargir, en le rajeunissant. Cela nous a aidé dans l’écriture, car cela nous a préservés du quant à soi et de l’excès de private jokes. Nous voulions de l’émotion humaine et universelle. 

Puis, petit à petit, avec la mise en ligne sur Netflix, nous avons dépassé les frontières et nous nous sommes aperçus que, contrairement à ce que l’on dit parfois, la comédie pouvait franchir les barrières culturelles. Enfin, lors du confinement et avec la sortie des saisons successives de la série, nous sommes passés d’un public d’initiés à l’étranger (c’est à dire un public qui s’intéresse à des séries étrangères en langue non anglaise) à un très large public. Nous n’avions pas du tout en tête lors de l’écriture que nous passerions du public traditionnel de France 2 à une popularité devenue mondiale.

Unifrance: Comment s’est passée votre collaboration avec France Télévision dans le développement de la série ?  

Michel Feller : Formidablement bien. Nous étions accompagnés lors de la création de la série par Fanny Rondeau chez France Télévisions… qui depuis n’est plus chez France Télévisions…!

Aurélien Larger : Je pense que nous avons eu beaucoup de chances car l’équipe de France 2 nous a toujours ramenés à l’authenticité sans cynisme, en nous interdisant les blagues de microcosmes et sans jamais forcer les choses sur le plan éditorial. Par exemple, on ne nous a pas demandé de crime ! Très précieuse aussi la confiance à toutes les étapes, nous avons été soutenus de bout en bout jusqu’à la sortie de chaque saison, dans les changements inévitables et les virages d’une aventure de plus de huit années…Et ce n’est pas fini j’espère !

Unifrance : Cette reconnaissance à l’international va-t-elle influer sur la production des formats à venir ? On parle d’ailleurs d’un téléfilm qui s’ajouterait aux épisodes de la saison 5… 

Michel Feller : Nous sommes plus reconnus dans le monde qu’en France. Nous (Mon Voisin Productions et Mother Production) sommes déjà dans un premier temps -et sans partenaire- en développement d’une fiction de 90 minutes qui est à l’écriture sous la plume de Nicolas Mercier (auteur des deux premiers épisodes de la saison 1 et auteur du dernier épisode de la saison 4). Rien n’est fermé pour l’instant sur une éventuelle saison 5 qui n’existera que si nous sommes convaincus de pouvoir être à la hauteur des saisons précédentes et répondre par la qualité à la formidable attente du public en France et dans le monde. Mon Voisin Productions est depuis 3 ans soutenu par le groupe Mediawan, ce qui nous permet d’entrevoir les choses en grand pour l’avenir.

Aurélien Larger : Oui, nous sommes en train d’écrire un film de télévision, un spécial qui va être la suite des aventures de nos agents et assistants après la fermeture de l’agence ASK. Nous allons le produire, je l’espère, avec France TV, et peut-être avec d’autres partenaires. L’équipe d’acteurs a envie je crois de se retrouver de nouveau.  

Le succès international a influencé l’écriture dans la mesure où le film commence à New York. Nous pensons que le public français sera ravi de découvrir Andréa à Manhattan. Nous allons jouer sur le fait que New York est un fantasme pour les Français, comme Paris l’est pour les Américains. Quant au casting de stars, ce n’est pas finalisé, nous souhaitons construire une véritable intrigue qui comme toujours dans Dix pour cent, mêle enjeux personnels et professionnels, et qui permette aux stars d’éclairer et d’animer la vie de nos personnages récurrents. Encore une fois, nous recherchons l’émotion. 

Faire ce spécial c’est aussi remercier le public pour ce succès : c’est une façon de continuer l’aventure, de garder un lien avec le public et de rêver d’une suite…